MARS 2017: L’enseignement des deux Senseis

Lors d’une courte retraite du 9 au 12 février à la maison de l’Inspir, avec Peppino, Sœur Elisabeth nous a proposé une marche consciente au bord de la Marne.  Nous étions une quarantaine à marcher paisiblement, en silence, lorsqu’elle nous invita à contempler un arbre majestueux, au tronc bien droit.  En le regardant, je sentais l’énergie qui s’en dégageait, un peu comme si j’étais en présence d’un maître zen incarnant, témoignant d’une force tranquille pour celui qui voulait bien recevoir son enseignement.  Après quelques minutes, sœur Elisabeth nous a montré un autre arbre situé à côté du premier.
Au premier abord, le temps que le groupe se reconstitue, je trouvais original, poétique et même amusant ce deuxième arbre .  Il avait poussé en intégrant une grande partie d’un poteau de signalisation dans son tronc.  Je me trouvais ainsi dans un état un peu flottant d’abandon au moment présent, me laissant littéralement porter par l’énergie collective de notre groupe, lorsque sœur Elisabeth nous suggéra de bien observer ce second « Sensei » végétal.  Ce fut alors un choc, un claquement de fouet, qui me sorti de ma torpeur.  J’allais entendre ce que je n’avais pas perçu avec les yeux.  Effectivement, la sœur nous partagea sa vision profonde.  Elle fut pour moi une véritable leçon de vie.  La voici:
En regardant de plus près, et en remontant un peu dans le temps, je peux voir l’arbre au moment où il était arbrisseau.  Il avait alors trouvé très réconfortant la proximité du poteau.  Assurément, le fait de pouvoir se reposer dessus dans sa jeunesse avait dû lui sembler une vraie chance.  Peut-être même, s’était-il senti privilégié.  Jeune adulte, déchargé d’une partie de son poids, il se savait soutenu.  Cependant, petit à petit, sans vraiment pouvoir dire quand, cette aide a évolué en une forme de dépendance.  Un peu gênante au départ, mais rapidement devenue inconfortable pour finir par devenir source d’une véritable souffrance réciproque.  Arbre et poteau empêchés de manifester leur vraie nature.  Tous deux, ayant développé une relation co-dépendante, l’arbre ne pu déployer toute sa stabilité, son ancrage; et le poteau, croulant sous le poids colossal se fragilisa de plus en plus, pour sans doute un jour céder sous sa masse.
J’ai beaucoup aimé comment Sœur Elisabeth a terminé son partage, car, c’est avec force compassion et une certaine forme de légèreté qu’elle nous a invité à accueillir le cadeau de notre ami végétal.  Sur quoi, un peu espiègle, elle nous a proposé de poursuivre la marche méditative, « en trottinant », cette fois, pour nous rappeler de ne pas être prisonnier de la forme.  Ce que nous nous autorisâmes tous avec beaucoup de joie.

Texte: Laurent Horanyi // Illustration: Laurent et Peppino

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