FEVRIER 2017: Une retraite enrichissante à la rencontre de nos ancêtres (par Michèle Berger)

A l’occasion de la retraite de janvier 2017, « Un contact guérissant avec nos ancêtres », au Monastère de Waldbröl, près de Cologne, Michèle Berger a eut la gentillesse de nous offrir ses impressions.  L’article, ci-dessous, est également publié dans le périodique de l’Institut Européen du Bouddhisme appliqué.

(ndr)

Cher Thay, chère Sangha,

La retraite «Un contact guérissant avec nos ancêtres» du début janvier 2017 à l’EIAB en Allemagne me laisse une empreinte durable dans le cœur, dans l’esprit et dans le corps.  C’est une graine que je chéri et dont les traces vivent en moi.  Je partage donc mon expérience avec vous tous au travers de cet article.
Lorsque j’ai lu l’annonce de la retraite, je l’ai simplement vue comme une occasion de pratiquer et de retrouver des membres d’autres Sanghas.  J’avais entendu parler de la dernière retraite là avec Thay en août 2014 et des personnes de la Sangha de Jette et Gand en Belgique m´avaient parlé de l’EIAB.  J’espérais également retrouver des personnes des Sanghas flamandes.  Je me suis donc inscrite très vite sans trop prendre attention au thème qui il faut le dire ne me passionnait pas trop.  Pour le moment,  je suis dans une période difficile; maman, 92 ans, perd la mémoire et se plaint beaucoup;  et ma belle maman 98 ans vient de décéder.

Je suis partie avec d’autres membres de la Sangha de Bruxelles. Ce fut un plaisir de faire la route ensemble et de déjà faire de nouvelles rencontre dans la voiture.  Arrivé à Waldbröl, sous une fine couche de neige, nous avons été chaleureusement accueillis par toute la communauté.  Puis la retraite a commencé en un enchaînement fluide, structuré et progressif d´enseignements, de méditations et d’exercices pratiques.  J´évoque ici quelques souvenirs de mémoire car je n’ai pas pris de notes.
Tout d’abord, un enseignement portant sur le fonctionnement de notre cerveau et sur les bonnes et mauvaises graines a été donné par sœur Bi Nghiem.  Elle nous a parlé du lien entre ce que nous avons hérité génétiquement de nos ancêtres, qui peut remonter à 7 générations (l´inné) et notre vécu (l’acquis).  De l’existence des bonnes et mauvaises graines et de la manière dont nous les réactivons.  J’avais déjà entendu cet enseignement fondamental au Pruniers et avais été interpellée par les similitudes avec la psychologie occidentale.  Je m’en voulais de ne pas avoir de quoi noter ces concepts…  C’est mon côté perfectionniste… (inné ou acquis?) qui se manifestait là, – et qui allait de pair avec mon manque de confiance en ma mémoire .  En tout cas, j’ai lâché prise par rapport à ces 2 graines et j’ai profité du moment et de ce très riche enseignement.  Je ne vais pas vous retracer ici toute la retraite, ses méditations, ses marches dans le magnifique parc de l’EIAB sous la neige, mais simplement vous dire ce qui m’a le plus touché et qui reste inscrit en moi.
Deuxième moment très fort, nous étions par petits groupes de 2 et avons reconstitué notre propre arbre généalogique.  Nous avons remonté, si on s’en souvenait, jusqu’à nos arrières grands-parents en indiquant un mot, une date, un souvenir pour chacun d’eux….  Wouaaah….   je n’aurais jamais pu imaginer le remous que cela a provoqué au plus profond de moi…   J’ai reparlé entre autres de ma chère grand mère paternelle qui est décédée quand j’avais 4 ans et dont le seul souvenir est une silhouette faisant le repassage devant la fenêtre de notre petite cuisine à Couvin.   En vous écrivant maintenant, j´en ai encore le larmes aux yeux …  Et pourquoi tant d’émotions?  En fait, je suis la dernière vivante de la famille à avoir les yeux et les cheveux noirs de cette chère grand-mère de descendance espagnole …
La notion de lignée évoquée lors de cette retraite m’a mieux fait comprendre que je suis un chaînon dans la transmission de la vie pour mes enfants et mes descendants.  Et qu’au travers de moi même je peux permettre à chacun de mes descendants et aux personnes que je côtoie de vivre pleinement chaque moment de leur vie.  Évidemment, le lieu, cet ancien hôpital psychiatrique qui fut également utilisé comme laboratoire par le nazisme était là…  mais je ne l’ai personnellement pas ressenti comme un poids, mais plus comme une progression dans la compréhension des différences et des caractéristiques multiples de l’humain.  Vous savez cette image donnée par Thay: le nénuphar qui prend racine dans la boue.
Une des choses importantes évoquée lors de la retraite est le mixage des populations depuis nos origines. Plusieurs méditations et textes nous ont fait retrouver l’enfant intérieur et remonter à l’aube du premier homme….  Étonnante, notre capacité à ressentir profondément notre lignée, notre évolution.  Nous étions au moins 6 nationalités différentes (Belge, Allemand, Français, Suisse, Luxembourgeois, Vietnamien…).  Les témoignages, lors des partages, ont mis en évidence que nous étions tous différents et pourtant tous les mêmes dans nos cœurs et dans nos âmes.
La cérémonie des roses du 3ième jour et du dernier jour fut le sommet, le moment fort.  L’on se retrouve seul et néanmoins soutenu par tout le groupe face à l’être cher (père, mère ou autre personne de sa propre lignée) que l’on évoque et à qui l’on a choisi de parler, de lui offrir une rose.  On peut lui parler à haute voix dans la langue de son choix, chuchoter ou communiquer par la pensée. La force et la profondeur du soutien de la famille/sangha silencieuse tout autour, nous a unis à jamais. J’ai pu évoquer là des blessures que je cachais en moi et que je pouvais croire oubliées.  Cette cérémonie des roses m’a permis d’approfondir ma connaissance de mon propre fonctionnement et d’avancer sur le chemin de la méditation.  Je comprends mieux la vie, les autres, qui bien qu’ayant vécu des expériences différentes et s’exprimant dans une autre langue, sont comme moi.  Notre famille/sangha composée d’environ 25 personnes sur les 70 présentes respirait et ressentait comme un seul être.  Cela me donne plus de force à l’avenir pour traverser en pleine conscience les difficultés et les moments de joie de ma vie.  Le dimanche suivant mon retour de retraite, j’ai refait l’exercice de l’arbre généalogique avec maman.  Comme bien des personnes âgées, sa mémoire à long terme est bien meilleure que celle à court terme.  Nous avons donc complété ensemble notre arbre généalogique en évoquant nos souvenirs.
Une petite anecdote pour finir.  Je voudrais dire bonjour à sœur Beautiful Moon qui m’a reconnue dans les couloirs de l’EIAB,  alors qu’elle ne m’avait vu qu’une fois très brièvement aux Pruniers, il y a un an.  Cette rencontre, remplie de joie et de bonheur, symbolise pour moi chacune des rencontres et expériences que l’on a avec chacune des personnes de notre grande Sangha.  Vous savez, ce sentiment profond et cette joie qui gonflent notre cœur quand on rencontre une ou plusieurs personnes qui se sont engagées comme nous aux côtés de Thay sur la voie de la Pleine Conscience.
Merci à sœur Bi Nghiem et à toutes les personnes de l’Inter Être qui ont contribué à la réussite de cette retraite.

Nous étions au moins 6 nationalités différentes. Les partages, lors de cette retraite, ont montré que nous étions tous différents et pourtant tous les mêmes dans nos cœurs.

A tout bientôt, bien sincèrement,
Michèle Berger, Bruxelles – Belgique

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