THAY NOUS PARLE DU… NIRVANA

LE NIRVANA N’EST PAS LA MORT ÉTERNELLE

Beaucoup de gens ont cette fausse croyance que le nirvana est un état de bénédiction ou un lieu où nous allons après la mort. Peut-être ont-ils entendu la phrase : « Le Bouddha est entré en nirvana après sa mort. » Cela fait du nirvana un endroit où nous allons après la mort. Mais c’est vraiment trompeur, et cette idée est à la base de beaucoup de malentendus dangereux. Cela voudrait dire que nous ne pouvons pas connaître le nirvana de notre vivant ; nous devons mourir pour pouvoir y aller. Ce n’est pas du tout ce que le Bouddha a réellement enseigné. Un jour, lors d’une tournée d’enseignements en Malaisie, dans la ville de Kuala Lumpur, nous avons vu des affiches publicitaires pour une société funéraire bouddhiste qui s’appelait « Nirvana ». Je pensai que c’était vraiment faire offense au Bouddha que d’identifier ainsi la mort avec le nirvana. Le Bouddha n’a jamais identifié le nirvana à la mort. Le nirvana est associé avec la vie, ici et maintenant. L’un des plus grands malentendus des étudiants bouddhistes en Occident a été de définir le nirvana comme une sorte de « mort éternelle », qui mettrait fin au cycle des réincarnations. C’est un grave malentendu sur le sens profond du nirvana. Pourquoi des millions de gens suivraient-ils une religion qui prônerait la mort éternelle ? L’idée même de mort éternelle est toujours limitée par des notions telles qu’être et non-être, naissance et mort, mais la vraie nature de la réalité transcende toutes ces notions. Ce n’est que quand nous sommes vivants que nous pouvons connaître le nirvana. J’espère que quelqu’un à Kuala Lumpur pourra convaincre cette entreprise de pompes funèbres de changer de nom.

LE NIRVANA, C’EST MAINTENANT

Le nirvana est un état agréable de fraîcheur que nous pouvons atteindre dans cette vie. En utilisant la pleine conscience, la concentration et la vision profonde pour transformer notre souffrance, nous pouvons atteindre le nirvana ici et maintenant. Le nirvana n’est pas un endroit éloigné dans un futur éloigné. Le mot « nirvana » est issu d’un dialecte rural de l’Inde ancienne. Au temps du Bouddha, comme dans beaucoup de zones rurales aujourd’hui encore, les repas étaient préparés sur un petit feu de paille, de bouse, de bois ou même de balle de riz. Chaque matin, la première chose que faisait la mère de famille était d’allumer le feu pour préparer le repas des membres de la famille qui partaient travailler dans les champs. Elle commençait par poser la main au-dessus des cendres de la veille pour voir si elles étaient encore chaudes.

Si elles l’étaient, elle n’avait qu’à rajouter quelques brindilles ou de la paille pour ranimer la flamme. Mais si le feu était éteint, elle trouvait les cendres refroidies. Lorsqu’un feu est complètement éteint, si vous mettez la main dans les cendres, elles sont agréablement fraîches. Le Bouddha a utilisé le mot « nirvana » pour décrire l’expérience agréable de refroidir les flammes de nos afflictions. Beaucoup d’entre nous brûlent du feu de notre avidité, de la peur, de l’anxiété, du désespoir ou du regret. Notre colère ou notre jalousie, ou même nos idées sur la mort et le deuil peuvent nous consumer de l’intérieur. Mais lorsque nous transformons notre souffrance et abandonnons nos idées erronées, très naturellement, nous parvenons à un état de fraîcheur. C’est le nirvana. Il y a une connexion étroite entre notre souffrance et le nirvana. Si nous ne souffrions pas, comment pourrions-nous reconnaître la paix du nirvana ? Sans souffrance, il ne peut pas y avoir l’éveil qui nous sort de la souffrance ; sans charbons ardents, nous ne pouvons pas avoir la cendre refroidie. La souffrance et l’éveil vont de pair.

Lorsque nous apprenons à gérer notre souffrance, nous apprenons à générer des moments de nirvana.

Le nirvana n’est pas nécessairement quelque chose de grand, quelque chose que nous obtiendrons au bout de toute une vie de pratique dans l’espoir d’y arriver un jour. Chacun de nous peut toucher à de petits moments de nirvana chaque jour. Supposez que vous soyez pieds nus, que vous marchiez accidentellement sur un chardon et qu’une douzaine d’épines se fichent dans votre pied. Immédiatement, vous perdez toute paix et tout bonheur. Mais, dès que vous êtes capable d’enlever une épine, puis une autre, vous commencez à sentir un soulagement – vous obtenez un peu de nirvana. Et plus vous enlevez d’épines, plus votre soulagement et votre paix grandissent. De la même façon, le fait de se libérer des afflictions est la présence du nirvana. Lorsque vous reconnaissez, embrassez et transformez votre colère, votre peur et votre désespoir, vous commencez à expérimenter le nirvana.

Nhat Hanh, Thich. L’art de vivre (French Edition) Le Courrier du Livre. Édition du Kindle.

Les commentaires sont clos.